mercredi 22 mai 2013

La Parole de Fergus - Siobhan Dowd

Je vous parlais lundi de L'étonnante disparition de mon cousin Salim, de l'écrivaine anglaise Siobhan Dowd, coup de cœur qui m'a donné envie de lire ses autres romans. Embarquons aujourd'hui pour l'Irlande du Nord en 1981, aux côtés de Fergus. 

Fergus a 18 ans et prépare ses examens d'admission pour la faculté de médecine. L'ambiance à la maison n'est pas vraiment propice à l'étude, toute la famille est tracassée depuis l'arrestation de Joe, le grand frère de Fergus. Proche de l'IRA, il a démarré la grève de la faim qui a déjà couté la vie à plusieurs personnes. 

Un jour, alors que Fergus et son oncle ont passé la frontière pour aller remplir des sacs de tourbe, ils découvrent un corps, le corps d'une jeune fille qui aurait des dizaines voir des centaines d'années. Considéré comme à l'origine de cette découverte, Fergus est alors associé aux recherches de l'archéologue et de sa fille qui sont venues identifier le corps.

Son côté innocent, sa gentillesse et son altruisme connu pourraient faire de lui un atout pour les révolutionnaires qui cherchent sans cesse de nouvelles recrues. Fergus devra faire attention à ne pas tomber dans un engrenage dont il n'est pas facile de sortir ... 

J'ai retrouvé dans La Parole de Fergus tout ce que j'aime dans un roman : la petite histoire se mêle à la grande, les époques se superposent, les personnages sont vrais, attachants. Sans avoir jamais mis les pieds en Irlande, j'ai très vite eu l'impression d'y être. La pluie, le vent, les couleurs qui ressortent plus belles qu'ailleurs, les soirées au pub,... Et puis, d'un autre côté, les tensions entre Irlande et Angleterre, l'ombre de Thatcher qui plane, les bombes, la peur, ... 

Je rejoins sans plus attendre le club des adorateurs de Siobhan Dowd, triste qu'elle soit partie trop tôt mais heureuse de savoir qu'il me reste tout de même deux autres romans à découvrir. 



Cette lecture entre dans le cadre de mon challenge littérature jeunesse
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mardi 21 mai 2013

Les Pintades à Téhéran - Delphine Minoui

Il m'arrive de plus en plus fréquemment de faire une pause entre deux romans avec un documentaire pour me titiller les neurones. Cela me donne l'air plus intelligente dans le train mais, surtout, ça me permet de ne pas sauter d'une histoire à l'autre en l'espace de deux minutes.

[...] Non, à Téhéran les femmes ne sont pas toutes voilées de noir de la tête aux pieds. Oui, elles ont le droit de vote et peuvent même être élues. Non, elles ne sont pas cloîtrées à la maison, et 60 % des étudiants sont des étudiantes. C'est sûr, la vie des pintades téhéranaises est pleine de contraintes et d'interdits. Au regard de la loi, elles ne valent que la moitié d'un homme. Leur quotidien est un pied de nez permanent à la censure, une lutte de tous les instants contre une république islamique qui ne leur fait pas de cadeaux. Découvrez une basse-cour voilée, mais pas prude ! Plongez sous les voiles et derrière les portes, dans l'intimité de femmes ultra féminines, bourrées de contradictions, et pénétrez dans leur univers, à travers des chroniques, des anecdotes, leurs bons plans et leurs meilleures adresses remises à jour. [...]

Leurs bonnes adresses, j'avoue que je m'en tamponne un peu, n'ayant pas vraiment l'intention d'aller passer mes prochaines vacances en Iran. Mais les anecdotes, ça, j'en raffole ! Ce livre est vraiment très intéressant et constitue une bonne porte d'entrée vers l'Iran. Car que savais-je de ce pays à part le peu qu'il me reste de mes cours de géographie et ce que j'ai lu et vu dans Persepolis ? A travers des chroniques parfois drôles et souvent effrayantes du point de vue de la jeune occidentale libre que je suis. 

On apprend entre autre que les iraniennes n'ont pas le droit de chanter publiquement. Même chantonner dans votre voiture, vous ne pouvez (techniquement) pas.  Plus loin, on découvre que les bus ne sont pas mixtes, pas plus que la plupart des taxis. En revanche, les femmes peuvent être chauffeur de taxis, ce qui ravit les maris qui peuvent leur confier leurs femmes sans risque. 
Et savez-vous que les autorités ont réussi à combiner leur haine pour Israël et les Etats-Unis en une seule campagne télévisée ? En effet, il paraîtrait que "Pepsi" serait l'acronyme de "Pay Each Penny to Save Israël"...

Heureusement, tout n'est pas noir. D'ailleurs, n'allez pas comparer les Iraniennes aux Saoudiennes ni aux Afghanes ! Contrairement à leurs voisines, elles, elles ont le droit de conduire une voiture ! Elles peuvent faire des études supérieures, avoir de bons job et même si elles sont obligées de porter le hedjab qu'elles ne laissent pas la place à la fantaisie dans leurs vêtements ... et sous-vêtements ! 

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lundi 20 mai 2013

L'étonnante disparition de mon cousin Salim - Siobhan Dowd

J'ai beau adorer la littérature jeunesse et ne lire quasiment que ça, j'ai encore de sacrées lacunes. Je n'avais par exemple jamais pénétré l'univers de Siobhan Dowd - bien que je l'ai un tout petit peu approché dans Quelques minutes après minuit.
C'est désormais chose faite avec ma lecture de L'étonnante disparition de mon cousin Salim.

Ted et Kat vivent avec leurs parents à Londres. Leur cousin Salim et sa mère débarquent chez eux quelques jours avant de prendre l'avion pour New York où ils commenceront une nouvelle vie. Ces quelques jours sont l'occasion pour Salim de découvrir la capitale. Passionné de panoramas, il demande pour faire un tour de London Eye, la grande roue londonienne. 
La file pour les tickets est longue et les mamans décident d'aller boire un café pendant que leurs enfants attendront. C'est alors qu'un inconnu propose son ticket à Salim. Il voulait faire un tour mais il est claustrophobe, il ne pourra pas supporter d'être enfermé dans une nacelle pendant une demi-heure. Alors plutôt que de perdre son ticket, Salim pourrait peut-être en profiter, non ? Les enfants acceptent - après tout, c'est Salim qui voulait faire un tour - et voilà Salim à bord d'une nacelle, ses cousins le suivant des yeux depuis la terre ferme. Mais une demi-heure plus tard, lorsque la nacelle revient et que ses passagers en descendent, Ted et Kat ont beau scruter chaque visage, ils ne voient pas leur cousin. Envolé, Salim ! 

L'après-midi passe sans que l'on ai plus de nouvelle, la police est contactée, l'enquête officielle commence ... et Ted décide de faire ses propres investigations, couchant sur le papier ses différentes hypothèses. 

[...] - Le dodo a disparu, Kat, ai-je dit. 
- Quoi ? 
- Le dodo. Il a disparu de la chaîne de l'évolution.
- D'accord. Le dodo. Et alors ? 
- Il a disparu. Darwin dirait que ses capacités d'adaptation ne lui ont pas permis de survivre. Conclusion, il n'a pas survécu. 
- Je ne pense pas que Salim ait disparu de la chaîne de l'évolution, Ted. [...]

Ted est atteint d'une forme d'autisme, ce qui rend son récit bien plus fourni en observations que celui des autres. Hélas, personne ne veut l'écouter, les adultes n'ayant pas le temps d'écouter ses élucubrations. Forcée de partager la chambre de son frère, Kat n'a pas d'autre choix que d'écouter ses idées les plus fantasques. Mais toutes ses idées ne sont pas bonne à jeter - même si on peut écarter la combustion spontanée - et peut-être qu'en réfléchissant ensemble, ils arriveront à retrouver Salim.

L'humour est présent tout au long de cette enquête de par la personnalité de Ted. Ne sachant pas mentir, il se dépatouille tant bien que mal lorsqu'il faut cacher quelque chose à ses parents. Il n'arrive pas non plus à décrypter les émotions faciales et reste bien souvent perplexe face aux comportements des membres de sa famille. Ted est un jeune garçon très attachant, un bon petit héros comme on les aime. 
Enchantée de ma lecture, je me suis plongée ensuite dans La parole de Fergus, autre roman de Siobhan Dowd. J'en reparle très bientôt !


Cette lecture entre dans le cadre de mon challenge littérature jeunesse
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mercredi 15 mai 2013

Multiversum - Leonardo Patrignani

Il y a de temps en temps en librairie l'arrivée d'une "machine de guerre", un bouquin dont tout le monde parle avant même qu'il ne débarque, un bouquin dont la couverture est plaquée absolument partout, un bouquin qui, bien souvent, m'attire irrémédiablement puisque, comme je vous l'ai déjà dit, je suis la cible préférée des publicitaires.
De plus en plus souvent, il s'agit d'un roman pour ados. Je vous parlais il y a quelques semaines de Wonder (qui est depuis devenu un tel succès que les éditions Fleuve noir l'ont publié comme un roman pour adultes ... de voir la littérature pour ados rencontrer la littérature pour adultes, ça me met dans une joie immense !), parlons aujourd'hui du nouveau hit de Gallimard jeunesse, Multiversum.

Alex vit en Italie, Jenny en Australie. Ils ont tous les deux seize ans et sont reliés depuis toujours par un lien télépathique étrange qui leur permet de dialoguer alors qu'ils sont dans une sorte de transe. Cela fait des années qu'ils attendent de se voir en vrai et lorsque enfin ce jour arrive, ils ne se voient pas. Ils sont pourtant au même endroit, tous les deux, au même instant. Alors comment est-ce possible ? 

Nos deux héros découvrent alors la théorie du multivers qui veut que plusieurs univers existent en parallèles parmi lesquels figure notre propre univers. Chacun existe dans son propre univers et également dans l'univers de l'autre et, dans chaque univers se trouvent des gens comme eux, dont l'esprit peut vagabonder entre plusieurs univers. Au fil de leur enquête, Alex et Jenny sont prévenu par une de ces personnes que leurs univers seront bientôt détruit et qu'ils n'ont d'autre choix que de rejoindre Memoria, une sorte de sur-univers, s'ils veulent survivre. 

L'idée de départ n'est pas mauvaise bien que déjà vue. Comme bien souvent, le problème est ce que l'on en a fait. L'auteur a pris beaucoup trop de raccourcis pour que son histoire soit crédible, les personnages ne sont qu'à peine esquissés, on nous propose des trucs et astuces gros comme des hippopotames. A ce stade, ce n'est même plus cousu de fil blanc, c'est carrément de la grosse corde d'escalade ! 

Et comme si ça ne suffisait pas, il a fallu que ce cher monsieur Patrignani nous serve le plus beau stéréotype de tous sur les bibliothécaires - alors qu'il n'a, de toute évidence, pas mis les pieds dans une bibliothèque depuis trèèèès longtemps.

[...] Il s'approcha de la bibliothécaire, qui était retournée à sa table et tapait paresseusement sur le clavier d'un PC. 
- Excusez-moi, commença Alex, j'aurais besoin d'un petit service. Est-ce que votre ordinateur est connecté à internet ? 
La bibliothécaire, une femme d'une cinquantaine d'années au visage ridé, orné d'un énorme grain de beauté sur la pommette droite, le regarda droit dans les yeux. Elle ne semblait pas vraiment disposée à l'aider. 
- Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle, en baissant ses lunettes sur la pointe de son nez. [...]

Je me doute malgré tout que je n'échapperai pas au phénomène - je ne serais même pas surprise qu'on m'annonce qu'un producteur américain a déjà acheté les droits de la trilogie. C'est pourquoi je survolerai les deux prochains tomes, histoire d'être sûre que ce n'était pas juste un faux départ. Vous constaterez que je fais des efforts ! 

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mardi 14 mai 2013

Calpurnia - Jacqueline Kelly

Calpurnia Tate a onze-ans-presque-douze et vit à Fentress, petite ville de l'état du Texas, en 1899. Son père a repris la fabrique de coton de son grand-père et toute la famille vit dans une grande maison au milieu des champs de coton. La demeure n'est jamais calme, les enfants Tate étant au nombre de sept ; six garçons et Calpurnia, née au milieu comme une séparation entre les grands et les petits. Pour s'échapper du brouhaha ambiant, Calpurnia s'évade bien souvent dans la nature, se baignant dans la rivière et observant ce qui l'entoure avec une certaine curiosité. 
Constatant son intérêt, Harry, son frère aîné, lui offre un carnet où noter ses observations. La jeune fille se prend vite au jeu de la parfaite petite naturaliste, notant ses observations, questions et réflexions sur les nombreux animaux et plantes qu'elle rencontre. 

Dans la famille Tate, en plus des parents et des frères dont personne ne retient les noms, il y a le patriarche, le colonel Tate, grand-père de Calpurnia. L'homme est taiseux, distant et passe la majorité de son temps dans son laboratoire - quand il n'est pas en vagabondage à la recherche de sujets d'étude. Il n'a jamais accordé le moindre intérêt à ses petits-enfants mais, lorsqu'il découvre que sa petite-fille s'est vu refuser le livre de Darwin à la bibliothèque alors qu'elle voulait simplement trouver les réponses à ses questions, il décide de la prendre comme assistante.

[...] Il prit un livre recouvert d'épais maroquin vert joliment piqueté d'or. Il l'essuya avec sa manche, bien qu'il me parût dépourvu du moindre grain de poussière. Cérémonieusement, grand-père s'inclinat et me l'offrit. Je le regardai. De l'origine des espèces. Ici, dans ma propre maison. Je tendis les deux mains pour le recevoir. Il sourit. C'est ainsi que commença ma relation avec bon-papa [...]

Très vite, une belle amitié naît entre Calpurnia et son grand-père. Celui-ci lui apprend tout ce que la maîtresse néglige, c'est-à-dire les sciences mais aussi la littérature. C'est qu'à l'époque, il était bien plus important pour une jeune fille d'apprendre à coudre et à faire la cuisine que d'étudier les sciences ! La mère de Calpurnia partage d'ailleurs cette vision, trouvant que sa fille devrait passer bien plus de temps à la cuisine ou à broder au coin du feu au lieu de vagabonder à droite à gauche.

L'histoire de Calpurnia et son grand-père nous plonge à une époque que l'on ne connaît que trop peu : l'Amérique post guerre de Sécession qui entre à petits pas dans les Temps Modernes. Une fois encore, seul le grand-père Tate se démarque, se passionnant pour les nouvelles inventions et rêvant de conduire un jour une automobile. 
On a l'impression d'être chez les petits cousins des Ingalls, au point que l'on ne serait même pas surpris de voir débarquer Laura ou Mary aux côtés de Calpurnia dans la cour de l'école. C'est une époque très riche et très intéressante à découvrir avec les yeux d'un enfant. 

Une très belle histoire d'amitié inter-générationnelle servant un roman jeunesse sur la transition difficile entre l'enfance et l'adolescence/l'âge adulte.

[...] A Fentress, les familles de religion méthodiste étaient divisées entre celles qui ouvraient les cadeaux la veille de Noël et celles qui les ouvraient le jour même. Heureusement, nous étions du côté de celles qui les auraient la veille. Selon notre pasteur, Mr Cornelius Barker, les cadeaux n'étaient qu'un divertissement païen, dénué de sens et coûteux. Oui, eh bien, essayez donc d'expliquer ça à sept enfants ! Ma mère n'y était pas parvenue, ni même le révérend Barker, qui d'ailleurs, il faut le reconnaître, n'avait pas insisté outre mesure [...]



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